décembre 2019 | 3 minutes de lecture
L'IA au quotidien

[Parlons d'IE] #12 : « Il faut absolument que tu rencontres cette boîte ! »

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Maurice Ndiaye
Partner

Qui n’a jamais entendu parler du hype cycle de Gartner. Cette courbe de la surenchère marketing afférente à toute innovation technologique. Il ne s’agit pas ici de la remettre en question, bien au contraire, mais plutôt d’en explorer les dérives à l’ère de l’innovation galopante. Nous en avons déjà parlé, une innovation en remplace une autre, et ce à un rythme de plus en plus effréné.

Parlons d'IE #12 : "Il faut absolument que tu rencontres cette boîte"​

Qui n’a jamais entendu parler du hype cycle de Gartner. Cette courbe de la surenchère marketing afférente à toute innovation technologique. Il ne s’agit pas ici de la remettre en question, bien au contraire, mais plutôt d’en explorer les dérives à l’ère de l’innovation galopante. Nous en avons déjà parlé, une innovation en remplace une autre, et ce à un rythme de plus en plus effréné.

Mais les organisations et leurs collaborateurs ne peuvent pas décemment absorber toute cette nouveauté, et ce pour plusieurs raisons.

Par manque de temps d’une part, les budgets et les ressources étant rarement à la hausse, contrairement aux objectifs qui eux sont de plus en plus élevés.

Ensuite par manque de lisibilité du marché. A cause de l’explosion du nombre d’acteurs (plusieurs milliers dans les martech), de l’enchevêtrement de leurs activités, et de l’opacité de leurs promesses.

Dès qu’une opportunité de marché semble se constituer avec l’apparition d’une technologie (par exemple le marketing automation) ou d’un concept (comme les émotions), des dizaines de start-ups apparaissent, et saturent rapidement le marché déjà encombré des prestataires.

Mais la plupart de ces propositions, pour se différencier et/ou s’intégrer dans des écosystèmes existants, embarquent aussi d’autres volets de service ou de tech, qui sont autant de zones de recouvrement avec d’autres acteurs historiquement sur d’autres marchés. Pour reprendre l’exemple du marketing automation, on retrouve aujourd’hui des éditeurs qui proposent cette approche en stand alone, ou couplée à une prestation d’agence pour le conseil éditorial sur les campagnes, ou adossé à un outil CRM pour l’activation, ou tout en même temps.

Là où l’objectif initial est de pouvoir s’adapter à toutes les spécificités des clients, et se démarquer de la concurrence en proposant des offres les plus intégrées possibles, le résultat est une complexification considérable de l’écosystème, qui produit souvent chez les clients des plats de spaghettis SI, ainsi que des redondances fonctionnelles ou au contraire des trous dans la raquette. Avec en définitive une incompréhension des premiers concernés, les utilisateurs. Un peu comme votre téléphone qui est assuré en même temps par l’opérateur, la banque, et l’assurance habitation. Mais quand il vous arrive un sinistre, vous ne savez plus qui appeler, et quand vous trouvez, vous vous apercevez que vous n’êtes pas couvert sur ce type de risque.

Justement, l’opacité sur les fondements techniques/technologiques, entretenue par les uns et les autres pour rendre l’histoire la plus belle possible, ne contribue pas à faciliter une lecture saine et une prise de décision éclairée et rapide en même temps sur le choix d’un prestataire. De nombreux acteurs, dans une course au deal, doivent surenchérir sur leur promesse marketing, quitte à procéder à des approximations sur ce qu’il y vraiment sous le capot (sur la techno, sur la prétendue IA, sur la facilité d’intégration, sur la compliance RGPD…). Et cela d’autant plus que les compétences nécessaires à l’évaluation de nouvelles solutions sont souvent lacunaires dans les organisations. Dernier en date, le scandale Wynd qui est parvenu à tromper à grande échelle toute une série de clients derrière de grandes promesses mais un produit inexistant.

Bon. Un peu décourageant tout ça. Alors quelques tips pour quand même s’en sortir.

1.    Don’t panic : si vous ne surfez pas sur la toute dernière innovation technologique, malgré ce que vous entendrez dans tel ou tel salon, vous ne mettrez probablement pas votre entreprise en péril.

2.    Entourez-vous : interrogez vos pairs, et faites-vous accompagner de tiers de confiance qui sont en capacité de décrypter pour vous toute la complexité du marché, en interne ou en externe.

3.    Apprenez à challenger : tâchez de cultiver votre sens critique face aux prestataires technologiques. Pas pour maîtriser tous les détails techniques de leurs solutions, mais pour savoir poser les bonnes questions et savoir quand on vous bullshit

Ci-dessous une petite check-list simple :

- Avoir les idées claires sur les indicateurs à suivre pour formaliser que le prestataire choisi aura rempli sa mission.

> Le conseil pratique : comparer l’avant/après avec le delta de valeur ajoutée

- Créer les conditions d’une bonne appropriation/opérationnalisation : mettre à plat les workflows, la gouvernance, et les pour-actions métier.

> Le conseil pratique : déterminer si le livrable/la solution est autoporteur en le montrant aux autres métiers, et déterminer les pre-requis techniques (qualité des données par exemple).

- S’assurer que le prestataire est capable de donner un mode de collaboration clair. Il s’agit ici de savoir qui sera en lead sur le projet, le niveau d’investissement de la part de l’équipe, le timing de la mission, les points de dépendance…

> Le conseil pratique : déterminer à l’avance l’interlocuteur capable de savoir si le prestataire a rempli sa mission ou non.

- Avoir pris connaissance du modèle économique dans ses moindres détails. Il faut ainsi déterminer le nombre d’utilisateurs, les coûts forfaitaires et optionnels comme les coûts d’accès à la donnée, les coûts techniques et technologiques.

> Le conseil pratique : Déterminer combien coûte un changement de brief d’une année sur l’autre, combien coûte le run de la mission, combien coûte la mission en année 2 et l'existence/l'étendue des services support.

- S’être assuré du fit humain autant avec les équipes que sur la capacité à s’approprier et reformuler vos problématiques.

> Le conseil pratique : faire reformuler le brief au prestataire à chaque étape.

4.    Eduquez-vous : last but not least, continuez de vous tenir au courant des tendances et bonnes pratiques via des podcasts, livres blancs et case studies, en prenant garde à rester le plus sélectif possible pour ne pas vous noyer. Plus facile à dire qu’à faire, mais toujours indispensable.

Alors oui l’intelligence étendue est une belle perspective de valorisation de la technologie au service de l’humain, mais attention donc au miroir aux alouettes…